Actualité des livres de géographie & de géopolitique • Le blog de la Librairie La GéoGraphie

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Les géographies, dit le géographe, sont les livres les plus sérieux de tous les livres. Elles ne se démodent jamais. Il est très rare qu’une montagne change de place. Il est très rare qu'un océan se vide de son eau. Nous écrivons des choses éternelles.
Antoine de Saint Exupéry. Le Petit Prince

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vendredi 24 août 2012

Géographie et marxisme pour comprendre le nouvel impérialisme

David Harvey
Le nouvel impérialisme 
Paris, Les Prairies Ordinaires, 2010. 241 pages, 14 x 21 cm, broché. 

Les guerres d'Afghanistan et d'Irak ont obligé la gauche mondiale à élaborer de nouvelles manières d'analyser et de combattre l'impérialisme. Mais David Harvey montre dans ce livre que, outre cette dimension spectaculaire et violente, qui laisse à penser que la main invisible du marché a plus que jamais besoin d'un gant de fer, l'impérialisme procède de logiques qui déterminent aussi notre quotidien de manière plus diffuse.

Ce que l'auteur appelle l'" accumulation par dépossession " consiste en une répétition nécessaire du processus d'accumulation primitive jadis observé par Marx : le capitalisme financier entraîne en effet la privatisation accélérée des biens communs (terres, forêts, eau, savoirs traditionnels...) et des services publics (énergie, logements, transports, santé...).

David Harvey montre qu'en réalité l'impérialisme capitaliste procède de deux logiques, l'une économique, l'autre politique, qui s'articulent et s'affrontent pour développer des stratégies de domination dans le temps et dans l'espace. Quelles sont les relations entre les dépenses astronomiques du Pentagone et le déclin économique relatif des Etats-Unis ? Washington fait-il reposer de plus en plus son hégémonie mondiale sur le facteur militaire ? Comment l'Amérique compte-t-elle résister à la montée en puissance de l'Asie de l'Est et du Sud-Est ? L'occupation de l'Irak marque-t-elle une première étape de ce conflit planétaire ?

Pour répondre à ces questions, l'auteur combine de façon originale une triple approche théorique, historique et conjoncturelle. II explique ainsi comment l'impérialisme reconfigure en permanence les liens entre expansion économique et domination territoriale ; il le situe dans la longue durée et le montre à l'oeuvre, sous nos yeux, en ce début du XXIe siècle.

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mardi 24 juillet 2012

Vivons-nous toujours au miroir des empires ?

Jean-Frédéric Schaub & Guillaume Bridet & Thomas Brisson & Catherine Jami
Critique N° 779, Avril 2012 Présence des empires
Paris, Editions de Minuit, 2012. 96 pages, 13,5 x 21,5 cm, broché.

Les guerres de décolonisation marquent la fin des empires : telle est la leçon transmise par les manuels scolaires. Mais les empires ne disparaissent pas des esprits aussi facilement que des mappemondes. L'histoire des sociétés impériales fait toujours l'objet de vives controverses et les préjugés sur les peuples et la hiérarchie des cultures qui justifiaient les entreprises coloniales ont la vie dure. Ainsi vivons-nous toujours au miroir des empires. Le déclin du colonialisme politique est concomitant de l’émergence des études dites « postcoloniales ». Ces recherches, enfin reconnues en France, sont aujourd’hui intégrées dans une histoire mondiale des formes politiques impériales, qui va de la Rome antique et de la Mongolie à l’Autriche-Hongrie et à l’Union soviétique, en passant par les Empires chinois ou insulindien. Ce « grand angle » restitue mieux les concurrences entre sociétés impériales, ainsi que les intenses circulations entre colonies et métropoles. Il permet aussi de poursuivre autrement l’enquête postcoloniale, qui s’était surtout penchée sur la fonction politique des clichés (orientalistes en particulier), en reconstituant l’histoire intellectuelle des colonisés.

Comment reconstruire, sans l’essentialiser, la culture indigène des colonisés ? Que nous apprennent sur nous-mêmes ces sources nouvelles venues des périphéries des anciens empires ? Ce numéro de Critique offre quelques réponses. L’Histoire à parts égales de Romain Bertrand est analysé par Jean-Frédéric Schaub, lui-même spécialiste des contacts entre empires. Thomas Brisson retrace le débat anthropologique suscité par Rétrovolutions de Jean-Loup Amselle. Avec Guillaume Bridet lecteur de France Bhattacharya, nous partons pour le Bengale précolonial et colonial. Catherine Jami nous entraîne dans la Chine de l’empereur Kangxi adoptant les mathématiques « occidentales ». L’entretien que nous a accordé l’historien américain Frederick Cooper, excellent connaisseur du colonialisme en Afrique et auteur d’une somme sur les empires dans l’histoire mondiale, complète ce parcours en terre d’empires.

Sommaire:

- Présentation de Jean-Frédéric Schaub : Le monde comme interprétation
- Thomas Brisson : La révolution des « autres »
- Guillaume Bridet : Penser en pays dominé
- Catherine Jami : Kangxi, les mathématiques et l’empire
- Entretien avec Frederick Cooper : Histoires d’empires
- Entretien avec Jocelyn Benoist : Le retour du refoulé logique Bernard Bolzano, Théorie de la science
- Entretien avec Pierre Bayard : Pour les univers parallèles Wilhelm Jensen, L’Ombrelle rouge suivi de Essai de lecture freudienne par Jean Bellemin-Noël.

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